Le Brésil a lancé son Plan Climat 2024–2035 comme instrument central de mise en œuvre de sa contribution nationale à l'Accord de Paris. L'objectif est de réduire les émissions nettes de 59% à 67% par rapport à 2005 d'ici 2035 — pour les ramener entre 850 millions et 1,05 milliard de tonnes d'équivalent CO₂ — et d'engager le pays vers la neutralité climatique en 2050.
La Maison civile et le ministère de l'Environnement et du Changement climatique ont coordonné la stratégie avec plus de 25 ministères et une consultation publique. Elle repose sur l'atténuation, l'adaptation et des politiques transversales de financement, gouvernance, suivi et transition juste, afin de décliner la cible nationale dans l'usage des sols, l'énergie, l'industrie, les transports, l'agriculture et les villes.
Les forêts restent au centre de l'effort. Le plan prévoit d'éliminer d'ici 2030 les émissions issues de la déforestation dans les forêts publiques, de délimiter 4,5 millions d'hectares de territoires autochtones et de créer plus de 4 millions d'hectares de nouvelles unités de conservation avant 2027. Protéger ces terres évite des émissions et conserve carbone, eau et biodiversité.
Cette ambition coexiste avec des trajectoires sectorielles beaucoup moins exigeantes. Pour l'agriculture et l'élevage, le scénario prévoit des émissions supérieures de 1% en 2030 à celles de 2022 puis, en 2035, une fourchette allant d'une baisse de 7% à une hausse de 2%. Cet écart montre la dépendance aux gains de productivité, à la restauration des pâturages, au contrôle de l'expansion et aux technologies sobres.
La contradiction la plus nette concerne l'énergie. Les projections autorisent une hausse des émissions de 33% en 2030 et pouvant atteindre 44% en 2035 par rapport à 2022, sous l'effet de l'expansion des combustibles fossiles et des biocarburants, alors même que l'électricité resterait renouvelable à environ 86%. Une électricité largement propre ne compense pas, seule, l'essor du pétrole, du gaz et des carburants hors réseau.
Les organisations écologistes saluent l'intégration de l'atténuation et de l'adaptation, mais dénoncent l'absence de feuille de route concrète pour réduire la production et la consommation d'énergies fossiles. Le gouvernement annonce un plan de transition énergétique tout en poursuivant l'exploration de nouveaux gisements; cette tension dira si l'effort sera partagé ou principalement reporté sur les forêts.
La mise en œuvre et la vérification deviennent décisives: budgets, objectifs sectoriels intermédiaires, délimitations effectives, nouvelles aires protégées et suivi public. Si les émissions de l'énergie et de l'agriculture augmentent dans les limites projetées, le Brésil aura besoin de résultats exceptionnels et durables contre la déforestation; si ces secteurs réduisent aussi, la cible de 2035 résistera mieux aux incendies et aux reculs politiques.