La représentation autochtone la plus importante jamais atteinte à la Chambre des députés du Brésil tente de transformer une présence encore réduite en influence climatique. Sur les 178 candidatures autochtones de 2022, cinq ont obtenu un siège. Célia Xakriabá et Juliana Cardoso dirigent le groupe parlementaire cocar, qui défend démarcation des terres, droits collectifs et politiques environnementales dans une chambre de 513 membres.
L'asymétrie politique est centrale. Le bloc ruraliste lié à l'agro-industrie réunit environ 60 % des députés et porte des dizaines de textes qu'Observatório do Clima juge très dommageables pour la société et l'environnement. Depuis janvier 2023, Xakriabá a déposé 83 propositions de loi, mais trois seulement ont été promulguées: sur les violences contre les femmes autochtones, la discrimination des femmes enceintes et l'éducation rurale.
Face à ce rapport de force, les élues autochtones construisent des alliances au-delà de leur groupe. Xakriabá siège aussi dans les commissions de la culture, des droits humains et de l'éducation; son équipe cherche des textes susceptibles d'obtenir des soutiens sans recul des droits. Joenia Wapichana, première femme autochtone élue députée fédérale en 2018, voit le dialogue sur de multiples sujets comme une voie d'accès, de respect et d'influence.
Le conflit parlementaire a des conséquences climatiques mesurables. La NDC brésilienne vise une baisse des émissions de 59 à 67 % d'ici 2035 par rapport à 2005, tandis que l'agriculture et l'usage des terres ont généré plus de 70 % des émissions nationales en 2024. En juillet, le Sénat a affaibli la protection de 486 000 hectares — environ 37 % — de la forêt nationale de Jamanxim; les organisations environnementales estiment que ces décisions éloignent la cible.
La défense des territoires autochtones n'est pas qu'une revendication sociale. Une analyse du World Resources Institute estime que les forêts amazoniennes gérées par les peuples autochtones ont retiré 340 millions de tonnes de CO₂ par an entre 2001 et 2021. Cette donnée montre la valeur climatique des forêts debout, sans faire des communautés un substitut à la baisse des émissions fossiles ni retirer leur droit de décision.
La transition énergétique ouvre un autre conflit. Les demandes d'exploration de minerais critiques recouvrent ou jouxtent 278 territoires autochtones, soit 44 % de ces zones au Brésil, selon l'Observatoire de la transition énergétique. La Chambre a approuvé en mai une politique nationale sans participation des militants autochtones; le Sénat l'examine, tandis que Xakriabá préside une commission sur les impacts potentiels.
Les élections générales d'octobre seront la prochaine épreuve. Aucun député fédéral autochtone n'a encore été réélu, mais une décision du Tribunal supérieur électoral a accru les fonds et le temps d'antenne pour les candidatures autochtones de 2026, après une requête de Xakriabá en 2024. Le résultat dépendra des sièges, mais aussi d'alliances durables capables d'empêcher les reculs et de produire une politique climatique pérenne.